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L’actualité du chauffeur roumain en France se lit à travers des faits divers, des témoignages, des contrôles routiers et des règles de droit qu’il faut distinguer avec rigueur. Les affaires établies, les rémunérations rapportées par les conducteurs et par le Comité national routier, les constats des contrôles ainsi que les droits et recours d’un conducteur en donnent une image plus juste.
Quels faits divers concernent les chauffeurs roumains ?
Plusieurs affaires relayées par la presse concernent des conducteurs de poids lourds. Toutes n’impliquent pas un routier roumain : la nationalité des victimes est parfois mal rapportée. Les faits établis reposent sur les déclarations des parquets et sur les décisions de justice.

Le meurtre d’un chauffeur sur l’A28
Dans la nuit du 15 au 16 mai 2021, Mihai Spătaru, chauffeur routier roumain de 39 ans, a été mortellement agressé près de son camion, sur une aire de l’autoroute A28, dans la Somme. Son épouse, elle aussi conductrice de poids lourd, l’a retrouvé grièvement blessé. Le couple transportait vers l’Espagne des colis chargés en Angleterre.
Le parquet d’Amiens a fait état de blessures par arme blanche au cœur et au dos, et l’enquête pour homicide volontaire a été confiée aux gendarmes. Le 21 mars 2024, Belan Qassim Karim a été condamné à 19 ans de réclusion criminelle pour ce meurtre.
Qui étaient les conducteurs retrouvés morts en cabine ?
Le corps sans vie découvert en juillet 2023 dans la cabine d’un camion près de Nîmes était celui d’un chauffeur ukrainien de 51 ans, non d’un chauffeur roumain. Le parquet de Nîmes a ouvert une enquête pour homicide. Sur l’A36, deux autres décès concernaient un conducteur slovaque en juillet 2025 (mort naturelle confirmée après autopsie par le parquet de Belfort) et un conducteur lituanien le 23 juillet 2026, dans le Doubs, pour lequel l’hypothèse d’un malaise était privilégiée.
Une condamnation pour passages forcés au péage
Au Pays basque, un routier roumain de 41 ans a été condamné à trois mois de prison avec sursis. Il avait forcé des barrières de péage à 115 reprises entre 2020 et 2021. Le tribunal de Bayonne a également condamné la société qui l’employait et saisi le poids lourd utilisé.
Devant les enquêteurs, le conducteur a expliqué avoir commencé après une panne de son télépéage, que son entreprise n’aurait pas remplacé. Ce récit concerne un dossier individuel et ne décrit pas une pratique des chauffeurs roumains dans leur ensemble.
Que racontent les routiers roumains sur leur travail ?
Les témoignages publiés décrivent de longues semaines, des trajets étendus et des revenus mensuels difficiles à interpréter. Ils restent des déclarations individuelles, sans valeur d’échantillon représentatif. Les études du Comité national routier permettent de les situer.

Les témoignages recueillis en 2015
En 2015, deux chauffeurs roumains rencontrés en Seine-et-Marne déclaraient percevoir environ 1 300 € par mois, primes et frais compris. Ce montant ne se compare pas directement à un salaire brut français. Ils évoquaient jusqu’à 90 heures de travail sur deux semaines et des trajets pouvant atteindre 1 100 km.
Ces deux chauffeurs routiers passaient une semaine de repos en Roumanie chaque mois et préparaient leurs repas près du camion. L’un envisageait de rentrer définitivement. Leurs propos ne précisent ni le salaire de base ni les heures effectivement enregistrées.
Ce que décrivent des conducteurs interrogés en 2025
Une enquête de 2025 a recueilli la parole de chauffeurs roumains et serbes employés dans une chaîne de sous-traitance. Ils annonçaient 2 700 € mensuels, dont environ 2 000 € restants après leurs frais de vie. Leur rémunération horaire était estimée à environ 10 €.
Ces conducteurs évoquaient aussi des frais de visa, de formation et de permis de plusieurs milliers d’euros. Il s’agit de déclarations, non de données de paie auditées : une somme mensuelle mêlant salaire, primes et indemnités ne révèle pas, à elle seule, le salaire de base.
Comment situer les rémunérations annoncées ?
Pour un conducteur sous contrat roumain étudié en 2020, le Comité national routier relève environ 530 € de salaire fixe mensuel brut et 35 € de primes, soit 565 € bruts. S’y ajoutent des indemnités de déplacement de 68 € par jour sur 22 jours, soit 1 496 € mensuels. La fourchette déclarée allait de 55 à 80 € par jour.
Le même organisme estimait le revenu net annuel de ce profil à 20 490 €, une donnée historique, propre au profil étudié. Dans les entreprises françaises de longue distance, la rémunération brute mensuelle moyenne atteignait 3 143 € en 2024, puis 3 181 € en 2025.
| Référence | Montant | Source |
| Conducteur sous contrat roumain (2020) : salaire fixe brut | Environ 530 € par mois | Comité national routier |
| Conducteur sous contrat roumain (2020) : primes mensualisées | Environ 35 € par mois | Comité national routier |
| Conducteur sous contrat roumain (2020) : indemnités de déplacement | 68 € par jour, soit 1 496 € par mois | Comité national routier |
| Longue distance, entreprises françaises (2024) | 3 143 € bruts (3 033 € de salaire, 90 € de primes, 20 € d’autres primes) | Comité national routier |
| Longue distance, entreprises françaises (2025) | 3 181 € bruts (environ +1,2 %) | Comité national routier |
| Barème conventionnel, groupes 2 à 6 (1er janvier 2026) | 12,4270 € par heure ; 1 884,80 € pour 151,67 heures | Légifrance |
Selon le Comité national routier, les indemnités journalières de déplacement ont progressé de 1,3 % entre 2024 et 2025, et la rémunération de 31 % sur dix ans. Pour un conducteur effectivement détaché, la comparaison porte sur la rémunération brute exigible, hors remboursements de frais professionnels, un point qui rejoint la question plus large des salaires de la logistique et du transport.
Que révèlent les contrôles du transport routier ?
Les contrôles menés par la police, la gendarmerie et les services de l’État documentent des infractions précises, propres aux entreprises contrôlées. Ils éclairent surtout les règles de repos et de cabotage, sans permettre de généraliser à l’ensemble des transporteurs roumains.

Des contrôles ciblant des conducteurs roumains
Deux contrôles, à Lyon et en Savoie, concernaient explicitement des conducteurs employés par des transporteurs roumains. Leurs suites financières ont pesé sur les employeurs.
- Lyon, août 2019 : deux ensembles routiers d’une entreprise roumaine, conduits en double équipage par quatre chauffeurs ; selon la police, les cartes du chronotachygraphe (l’appareil qui enregistre conduite et repos) étaient retirées pour faire passer chargements et déchargements pour du repos.
- Repos constatés : en moyenne trois à cinq heures par jour ; les véhicules ont été immobilisés 45 heures et une consignation de 49 255 € a été demandée à la société dans l’attente de son jugement.
- Savoie, 2023 : les gendarmes ont relevé qu’un chauffeur roumain n’avait pas pris son repos hebdomadaire normal hors de sa cabine, son collègue semblant dans une situation comparable ; chaque employeur a dû consigner 5 200 €.
Une consignation est une somme versée à titre de garantie avant le jugement. Elle ne vaut pas condamnation de l’entreprise.
Bilans normands et interdictions de cabotage
Entre le 1er avril et le 31 août 2025, 18 opérations en Normandie ont porté sur 138 véhicules, dont 93 non résidents. Soixante présentaient une infraction, et 35 infractions concernaient le repos hebdomadaire normal en cabine. Ces chiffres ne désignent pas la nationalité des conducteurs en infraction.
Lors de week-ends prolongés de mai 2026, 149 véhicules ont été contrôlés, dont 90 non résidents ; 68 présentaient au moins une infraction. Le bilan des contrôles routiers en Normandie recense 30 infractions au repos hebdomadaire en cabine. Il fait état de 21 délits, 34 contraventions de cinquième classe et 50 de quatrième classe, sans ventilation par nationalité, et un délit relevé n’équivaut pas à une condamnation.
En Centre-Val de Loire, une entreprise roumaine figure parmi trois transporteurs étrangers interdits de cabotage pendant un an à compter du 1er avril 2026. La préfecture invoque notamment les temps de conduite et de repos, le cabotage irrégulier et la répétition d’infractions, sans détailler la part de cette société. Une décision distincte visait une entreprise roumaine du 1er décembre 2025 au 1er décembre 2026 ; rien n’établit qu’il s’agisse de la même.
Quand le repos en cabine est-il sanctionné ?
Le repos hebdomadaire normal d’au moins 45 heures se prend hors du camion, dans un hébergement adapté payé par l’employeur. La règle vaut aussi pour un repos de plus de 45 heures compensant une réduction antérieure. Le repos journalier, en revanche, peut être pris en cabine sous conditions.
L’entreprise qui n’organise pas ce repos hors du véhicule encourt jusqu’à un an d’emprisonnement et 30 000 € d’amende, selon l’article L. 3315-4-1 du Code des transports. Le repos pris dans le véhicule peut aussi entraîner une contravention d’au plus 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive. Une infraction constatée sur un camion n’établit pas automatiquement la responsabilité pénale personnelle de son chauffeur routier.
Quels droits protègent un chauffeur roumain en France ?
Les droits d’un conducteur dépendent de son contrat, du type d’opération réalisée et des règles européennes sur les temps de conduite. Savoir quel cadre s’applique permet ensuite de réunir les bons documents en cas de litige.
Contrat, détachement et opérations de transport
La nationalité d’un chauffeur roumain, le pays d’établissement de son transporteur et le droit applicable à son contrat sont trois éléments distincts. Sous contrat français, il relève du droit du travail français ; certaines opérations d’un transporteur roumain relèvent en revanche du cadre légal du détachement de travailleurs roumains.
- Transit et transport bilatéral : en principe hors du régime spécifique de détachement des conducteurs.
- Cabotage et opérations non bilatérales : le cabotage en France et certaines opérations internationales non bilatérales déclenchent ce régime.
- Déclaration IMI : depuis le 2 février 2022, les entreprises de l’Union européenne y déclarent les conducteurs concernés.
- Limites du cabotage : jusqu’à trois opérations dans les sept jours suivant le dernier déchargement d’un transport international entrant, puis quatre jours de carence pour le même véhicule dans le même État membre.
Une interdiction administrative de cabotage vise l’activité de l’entreprise, ni la circulation générale du camion, ni personnellement ses chauffeurs. Le choix entre mission locale et détachement de conducteurs poids lourds roumains détermine les formalités applicables.
Temps de conduite, travail et retour
Le règlement européen n° 561/2006 limite normalement la conduite à 9 heures par jour, avec 10 heures possibles deux fois par semaine. Elle ne dépasse pas 56 heures par semaine ni 90 heures sur deux semaines. Après 4 heures 30 de conduite, une pause de 45 minutes s’impose, fractionnable en 15 puis 30 minutes.
Le repos journalier normal dure 11 heures, réductible à 9 heures au plus trois fois entre deux repos hebdomadaires. Le repos hebdomadaire réduit peut descendre à 24 heures, sous réserve de compensation. Chargement et déchargement restent du travail, limité à 48 heures hebdomadaires en moyenne, avec 60 heures possibles sur une semaine si la moyenne est respectée.
L’employeur doit organiser la possibilité effective de retour du conducteur à sa résidence ou à son centre opérationnel toutes les trois ou quatre semaines, selon ses repos réduits. L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 4 octobre 2024 a supprimé l’obligation de retour du véhicule toutes les huit semaines, pas celle qui concerne le conducteur.
Quels documents et recours en cas de litige ?
Un litige se prépare avec des pièces qui distinguent ce qui était prévu, ce qui a été payé et ce qui a été réellement travaillé. Un recrutement de chauffeurs depuis la Roumanie en bonne et due forme repose sur ces mêmes documents.
- Contrat, bulletins de salaire et relevés bancaires : ils identifient l’employeur, la paie prévue et les sommes versées.
- Plannings, décomptes d’heures et relevés du tachygraphe : ils retracent conduite, repos et autres tâches ; depuis le 1er juillet 2026, les utilitaires de transport international de plus de 2,5 tonnes relèvent du tachygraphe intelligent de deuxième génération.
- Lettres de voiture : elles identifient les opérations réalisées en France.
Pendant une opération soumise au détachement, le chauffeur routier doit pouvoir présenter sa déclaration IMI, les preuves du transport et les enregistrements du tachygraphe. Lors d’un contrôle, les soupçons d’infraction pénale peuvent être transmis au parquet, qui peut classer, demander des investigations, proposer une mesure alternative ou poursuivre.
En cas de salaire contesté, le salarié peut demander une régularisation à l’employeur, saisir l’inspection du travail ou, si celui-ci est compétent, le conseil de prud’hommes. Selon Service-Public, la prescription est de trois ans pour un paiement de salaire et de deux ans pour l’exécution du contrat. Depuis le 1er mars 2026, une contribution de 50 € est due pour introduire l’instance, sauf exonération ; l’avocat n’est pas obligatoire en première instance.
Foire aux questions
Quelles sont les conditions de travail des chauffeurs routiers roumains ?
L’étude 2020 du Comité national routier rapporte des conducteurs déclarant environ 22 découchers par mois à l’étranger. Elle retient comme profil type un mois de travail suivi d’une semaine de repos à la base, sans en faire une règle générale.
Quel est le salaire minimum en Roumanie ?
Selon l’étude 2024 présentée par l’Organisation des transporteurs routiers européens, le salaire minimum roumain est passé de 115 à 663 € par mois entre 2007 et 2024. Ce montant ne décrit pas le salaire d’un chauffeur travaillant en France.
Le coût horaire d’un transporteur roumain correspond-il au salaire de son chauffeur ?
Non. Les 11,81 € par heure de conduite relevés par le Comité national routier en 2020 constituent un coût de production, non le taux versé au conducteur. De même, le coût kilométrique de 1,08 €/km du pavillon roumain est un coût d’exploitation du transport.
Un signalement à l’inspection du travail suffit-il pour obtenir le paiement d’un salaire ?
Non. Un signalement ne déclenche automatiquement ni enquête pénale ni paiement : un recours salarial doit être engagé distinctement, dans les trois ans pour un salaire selon Service-Public. L’appel d’un jugement prud’homal est généralement possible dans un délai d’un mois après notification, réduit à quinze jours pour certaines décisions de référé.